La chambre de ce soir est située juste sous la cuisine et le chop-chop-chop des oignons hâchés pour les omelettes au masala du petit-déjeuner résonne au plafond. Sur le palier, deux lits et deux fauteuils où s'est installée une famille indienne dont la conversation en staccato semble n'avoir pas de fin. D'ailleurs l'imposte au-dessus de la porte n'a pas de vitre ce qui permet à tout le palier d'avoir la sensation de partager la même douche, éructations et borborygmes conviviaux.

 

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Visite du City Palace au milieu de centaines de familles indiennes volubiles et affectueuses. Ça pousse, ça bouscule, ça piétine dans la bonne humeur en déposant des trainées supplémentaires sur les murs et les chambranles patinés de crasse à hauteur des mains. Tout le palais a un petit air mal tenu et les effigies en carton du dernier maharana  d'Udaipur recroquevillé sur sa chaise roulante ou posant devant sa table de travail ne font pas rêver. Son installation fantomatique surgit au détour des salles couvertes de miroirs piqués, fermées comme des boîtes précieuses que le temps, l'humidité hivernale du lac auraient rongées dans le secret de l'obscurité et qui une fois ouvertes ne livrent plus que l'ombre de leur riche passé. Fils électriques qui courent sur le marbre poussiéreux, néons, portes de service en contre-plaqué, il faut scruter les innombrables miniatures pour rêver l'incroyable luxe, les parfums de vétiver et de santal qui flottaient sous les  délicates arcades festonnées, les brocards des tuniques et les fluides saris dont les miroirs renvoient à l'infini les couleurs chamarrées, le son mat des pieds nus aux chevilles cerclées d'argent, les mélodies subtiles et lancinantes des musiciens enturbannés grattant les cordes d'instruments improbables, l'âcre relent de la bouse d'éléphant, toute la vie de palais à présent muette et dont il me reste que la coquille abandonnée à la curiosité insolente des foules.

 

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Sur l'argent martelé de la surface des eaux du lac Pichola se reflètent vrais et faux palais dans une harmonie décontractée de formes et de couleurs agréable à l'œil. Les barques de promenade tracent un sillon noir sur l'eau calme au coucher du soleil. Dernier éclat ambré des façades avant que les cintres, les coupoles et les arcs soient soulignés d'or par les illuminations de la nuit. Des feux d'artifice claquent chaque soir au loin et dans les rues, les commerçants continuent de héler le badaud dans l'espoir d'une dernière affaire. Italian, Spanish, French ? Ils tentent d'accrocher le regard, la parole, l'intérêt par les moyens les plus inventifs et les plus retors.