Ce matin, super motivés, nous démarrons à fond pour aller visiter la Cité Interdite. On n'est pas des bleus, on a choisi un jour de semaine pour éviter les foules que tout le monde a vues à la télé.

Quinze minutes de marche plus tard, nous voilà sur le parvis sous les haut-parleurs qui beuglent. Uniquement en Chinois, c'est finalement la langue la plus parlée au monde, le Trivial nous avait prévenus.

Face à nous, des marées humaines. Des troupes en rangs serrées menées par des porteurs de fanions enthousiastes, le pas vif, la casquette identique pour repérer son groupe (inutile à mon avis, personne ne fait un pas de côté), des rangs et des rangs innombrables qui montent à l'assaut, à perte de vue devant et derrière nous. Petite interrogation sur la validité de notre plan. Au guichet (où il n'y a pas de queue, car ils ont apparemment tous déjà leurs billets,  à quelle heure se sont-ils levés ?) nous apprenons que : one passport, one ticket. Voilà, voilà. Les passeports sont dans le coffre-fort de l'hôtel. Ceci veut donc dire qu'ils relèvent le nom de chaque personne qui rentre dans la Cité. Voilà qui nous laisse sans voix et dépités de ne pas avoir prévu.

 Donc, on ira se consoler en allant voir Tiananmen, juste au sud à deux pas.

Quatre kilomètres de chicanes, de barrières, de détours, de contournements, de scanners et de souterrains plus loin, on débouche sur cette vaste esplanade glaciale parcourue de mouvements de foules bien canalisées. Il est clair que l'endroit est sous haute surveillance pour qu'il ne soit plus jamais un foyer de rebellion. Au centre, les ajouts architecturaux contemporains cisaillent la perspective immémoriale.

Au sud, les anciennes portes monumentales, gigantissimes, magnifiques ouvrent sur Quianmen, quartier fascinant de Hutong rasés et revisités par la modernité. Touristique, mais en même temps chatoyant, beuglant, vivant, populeux. La qualité graphique que nous prêtons à l'écriture mandarine nous prédispose à aimer ces multiples enseignes incompréhensibles où nous nous extasions probablement devant "Chez Low Fat, le meilleur canard laqué" ou "Wang Fu Jing, les bons Won Ton, comme si c'étaient des oeuvres d'art. D'ailleurs nous les photographions en extase, sous l'oeil opaque des boutiquiers qui doivent nous trouver pitoyables.

 

Liulicheng Pekin nov 2016 (6)

C'est un quartier plein de surprises si on prend le temps d'y flâner sans but. Trognes concentrées de vieux joueurs de Go penchés sur leur jeu, volutes de vapeur qui s'échappent des paniers de raviolis au devantures des magasins, portes sculptées, cloutées, énigmatiques qui ne dévoilent pas leurs mystères, staccato des haut-parleurs omniprésents qui ont remplacé l'aboyeur rabatteur humain d'autrefois, et un petit café boboïsant où la serveuse parle un américain parfait.


Et puis au détour d'un long dédale Liulicheng, la très belle rue des antiquaires et des calligraphes. Une splendeur de toits ailés, de tuiles rondes vernissées, de devantures tarabiscotées à travers lesquelles on aperçoit des merveilles esquissées d'un pinceau léger. Rue cossue, voitures de luxe qui ne circulent pas. Ça sent les affaires sérieuses des marchands d'art. On bade sans entrer. Doublement étrangers à ce monde.