Le chauffeur de taxi ronchon et rugueux roule sur une autoroute bordée de forêts de bouleaux serrés. Soleil clair, embouteillage d'Audi, de Volkswagen, de Mercedes. Où sont les vélos de Pekin et les casquettes grises ? Où sont les cols Mao ? On dirait une Amérique dominée par les Chinois. La ville approche.

Très hauts immeubles mais pas gratte-ciels quand même. Du verre qui reflète les façades voisines, un style néo-classique digne de Gotham city, des toits-pagodes sur des bâtiments de trente étages. Des coupoles et des flèches. Embouteillages, ralentissements. Comme à Shangai ou Bangkok.

 

DSC_0918

Novotel, 17éme étage. Chambre cossue et impersonnelle, baie vitrée jusqu'au sol. Sous nos pieds, les Hutongs, habitats collectifs  encombrés et tortueux ceints de murailles gris fer. Au fil des ruelles, l'absence d'ouverture dans les murs donne une sensation de décor industriel, contrastée par leurs hautes portes laquées de rouge et de noir, souvent cloutée de cuivre, au pied de laquelle s'appuient des lions de pierre usée. Ces portails béants donnent sur des allées sombres et sinueuses où dorment les vélos que je cherchais.

Des entassements de compteurs éléctriques renseignent sur le nombre de foyers qui demeurent là. Six, huit, douze, chacun s'entasse dans sa pièce minuscule de bric et de broc, parfois un rideau pour porte, ou des tôles. De la musique et des voix s'échappent, des odeurs de cuisine familiale aussi. Habitat pauvre, tassé, environnement sale et inconfortable, mais au centre de Pékin, ça ne se quitte pas. D'autres portails clos à la peinture rutilante racontent une histoire différente de bobos réinvestissant les quartiers.

La température est en baisse. Jean-Pascal se gèle avec sa polaire trop fine. Petit arrêt dans un magasin de doudounes et de jeans où il trouve son bonheur et même un jean qualifié de "thermique". Promesse qui ne se rate pas par les vents qui courent.

Pour dîner, alléchés par la devanture prometteuse d'un restaurant de canard laqué, nous nous installons dans un moment d'égarement à côté de deux jeunes hurlent chacun dans leur téléphone. Une dizaine de litres de bière vides expliquent le volume sonore accompagné d'épais crachat entre nos deux tables et d'éructations ronflantes. Et puis la serveuse fatiguée nous apprend qu'il faut quatre-vingt-dix minutes pour obtenir un canard laqué. Ce sera donc un médiocre plat de poulet aux chou-fleur !