Météo
Météo à Hanoi, entre 10 et 12°. Ciel nuageux, brume basse, humidité à 70°, lumière inexistante, température dans les maisons entre 12 et 15°. Ecole primaires vietnamiennes fermées en dessous de 9°. Pas de cheminée, pas de chauffage, pas d'isolation, sauf... dans la ruelle des français bien organisés.

Objet de toutes nos attentions. Pièce très rare et très choyée.
Ngapali

Recette pour trois jours de béatitude :
Ciel opalin d’une aube au gout de sel
Langue de sable blanc frisée de vaguelettes
Chaises-longues alanguies et regard perdu au loin
Cerveau très vacant et pensées inachevées
Allongés en surface, les oreilles sous l’eau
Regard dans le bleu, berçés par le ressac tiède
Cerveau endormi et âme épanouie
Mille traces sur la plage que la marée efface
Horizon flamboyant des crepuscules exténués
Caipirinha les pieds dans le sable encore tiède
Odeurs évocatrices de chitine sur la braise
Tête renversee vers la voie lactée
Aspirer silence et quiétude par tous les capteurs
Et enfin
Lits moelleux aux draps parsemés de fleurs du jardin

Bagan

Sulamani, calme et magnifique, comme un mont St Michel insolite dans son écrin vert printemps de fin de saison des pluies. Les coursives sombres à plafonds de cathédrale sont piquées d'ouvertures aveuglantes éclairant les bouddhas et les fresques rescapées du XIème siècle. Vibrations stridantes des chauves-souris pendues tout là-haut; les terrasses supérieures dangereuses sont fermées au public.
Dammayangyi, pyramide massive ou Shinbinthahlyaung, que je dois mal orthographier, et qui renferme un bouddha géant en platre polychrome enserré dans un sarcophage soutenu par une structure metallique interieure qui l'empêche de s'effondrer. Ce corps à l'étroit dans son cocon symboliserait la difficulte d'être libre de ses mouvements.
Shwesandaw est une pyramide aux degrés vertgineux. Vue splendide à tous les étages. Favorite number one pour la course au sunset. Et puis les 3997 autres. Ils ont dû compter même les toutes petites pagodes qui ne dépassent pas des herbes. Quoi qu'il en soit l'endroit exude la magie et l'energie qui ont présidé à son développement. Que ce soit dans le gris opalin de l'aube ou dans le brasier du soleil qui s'éteint, dans un concert de pépiements et de jacassements, les tétons caramel, les épis de maïs dorés, les têtes d'ogives ouvragées des temples percent la plaine arborée, fascinent et ensorcèlent. Mille questions se posent et restent ouvertes tandis que chars à boeufs, troupeaux de zébus et calèches bariolees vaquent sur les chemins poussiéreux.

Bago

Shwe Maw Daw. Cloche brûlante sur ciel d'azur. Il faut écarter l'air lourd, épais comme un sirop pour se réfugier à l'ombre taillée en parasol des persimmons. Et surtout sauter de carreau blanc en carreau blanc en évitant les noirs embusqués dans la mosaique du sol pour ne pas se cloquer la peau des pieds. Corps trempé, tête vide, vêtements gluants, l'heure est à la sieste et à la contemplation lente. Sourires partout, moines volubiles, heureux de parler d'eux et de pratiquer leur anglais.
Le python géant et sacré du monastère de Kambodza-thadi se fend d'une langue molle, convulse ses anneaux pour écarter les billets posés en offrande qui doivent le gratouiller. Lorsque les fidèles et les touristes seront partis il pourra se prélasser sans gêneurs dans son bassin privé. Ni grille, ni barrière, il a troqué la mort certaine du dehors contre la vie réduite de l'idole bien nourrie.
Au café Hadaya la pâtisserie vantée par le Lonely Planet ressemble à des essais culinaires enfantins, le café genre turc, comme les toilettes, est cuit au feu de bois.
Sur les visages des femmes, il y a comme des ailes de papillon passées à cette poudre jaune d'écorce d'acacia qu'elles utilisent pour se protéger du soleil. Silhouettes fines en longyi brodés installées sur les trishaw propulsés par des conducteurs aux muscles secs et a la peau noircie. Sous les chapeaux de pandanus, les sourires sont spontanés et éclatants.

Shwe da gon

La belle de Yangon, un vaisseau spatial posé sur la colline. L'or éblouissant des centaines de stupas rivalise avec le clignotement incessant des auréoles au néon autour des visages ravis des statues. Démesure. Crasse des accès squattés par les marchands du temple et les petits vendeurs de nourriture et de sachets en plastique pour porter ses chaussures. Gravir les marches monumentales sandales à la main, pieds nus dans la poussiere et la boue. Comme un air de necropole étincelante et pourtant si vivante avec les familles venues bavarder et socialiser, les enfants qui courent et rient en grimpant sur les colonnes, se glissent sous la cloche de bronze géante. Melopées psalmodiees par des bonzes sans âge prosternés devant des autels charges de couleurs criardes et de stucs dorés.

Tokyo
Quand je ferme les yeux et je pense à Tokyo, je vois un vol d’écolières en costume marin et chapeau de paille arrondi, socquettes blanches et sac à dos de plastique jaune. Depuis la passerelle qui enjambe l’avenue entre le parc du Budokan et le jardin du Yasukini, je les regarde passer sous le Torii géant entre deux allées de marronniers, moineaux bruyants et sautillants qui disparaissent au coin de l’avenue. Ensuite une cavalcade de gamins en short et chemisette kaki, casquette blanche galonnée et sac noir dévale la même pente. Tous sur le même modèle, à l’instar de leurs ainés quittant les bureaux pour s’engouffrer dans les trains et les métros en flot discipliné et souriant, pantalons noirs et chemises blanches, cravatés mais les manches retroussées et la veste sur le bras, seule concession à la chaleur moite. Le nouveau code du Cool Biz, desserre depuis peu le carcan vestimentaire du costume obligatoire et permet au nom des économies d’énergie de dévoiler ses avant-bras et la base de son cou. Pas étonnant qu’en dehors de leurs obligations, ils deviennent les gens les plus excentriques du monde.

Dans ce quartier, les maisons sont basses, les restaurants français abondent: le Lugdunum et ses quenelles, le on dine ici ce soir (ou presque) ou le Bourguignon se cachent dans les impasses adjacentes. Une machine à laver installée sur le pas d’une porte rappelle l’exigüité des intérieurs. Des geishas (ça existe encore ??) en kimono complet trottinent à petits pas empruntés sur leurs socques de bois et disparaissent regards baissés, au détour des ruelles tortueuses. Sushis tous les deux pas, boutiques de thé et de pinceaux, vaisselle bleue et laques rouges, chouettes et chats porte-bonheur, sashimis et teriyaki, tempuras et glaces au riz vert, jeunes designers et jaquettes mémés, tout se côtoie, se presse, se serre et s’ordonne le long de l’avenue montante sous les arbres taillés à la perfection.
Pas de voitures garées. Les avenues, les boulevards sont larges et respirent sans entraves. Les cubes à roulette droits sortis des dessins animés n’ont pas le droit de s’arrêter.
La nuit tombe sur le temple des filles solitaires. Quelques unes s’attardent encore pour accrocher l’ex-voto qui prie qu’on leur trouve un compagnon.

Dernière image improbable depuis mon siège d’avion. Trois techniciens aux casques de Playmobiles se plient dans un impeccable 45° devant l’appareil qui commence à rouler, se redressent, saluent longuement de la main avec l’enthousiasme de la nouvelle princesse de Galles, puis plongent de nouveau dans une courbette appuyée. Qui est dans cette avion ? Leurs petites amies ? Un membre de la famille impériale ? Et s’il le faisaient à chaque avion qui part ? 
Leçon de bonheur
Au sud de Nha Trang et tout le long de la côte rectiligne de sable blanc, resorts et villégiatures pour groupes touristiques amenés par des bus abondent. Ici on ne voyage pas seul, l'entreprise, l'école ou le comité organisent des weekends de plein air où le collectif reste de mise. Visites au pas de charge, repas en commun et soirées karaokés jalonnent ce temps encadré. Pour le voyageur occidental obsédé par le calme et de nature, ces rencontres sont...malencontreuses, même si les sourires s'échangent et les invitations à participer au jeu post-dinatoire de chaises musicales ou à trinquer cul sec à la vodka ne sont pas rares.

Une piscine bleue qui semble déborder sur la mer, quelques chaises longues de bois vernis éparpillées sous les parasols, le glouglou tranquille de l'alimentation en eau, tout appelle à la détente et à la quiétude. Sauf que nos clichés diffèrent... Pour une bonne après-midi de détente et la relaxation, installez au bord du plan d'eau une sono géante dont les boum-boum revigorants rythmeront allègrement vos bombes sans toutefois vous priver des gais hurlements de vos enfants dynamisés par l'ambiance festive.

Choisissez d'ailleurs de préférence un hôtel au charme insolite où vous serez certain de ne pas mourir d'ennui à contempler le coucher du soleil sur une plage déserte. Je vous parle d'un décor attractif et original, pareil à nul autre, inoubliable, où les requins nagent sous les arbres, les pieuvres se cachent dans les couloirs, les biches et les panthères s'abreuvent aux même mares que les ours blancs et où des rangées de fiers héros du temps passé droits sur leur stèle, regard farouche et sabre au clair veillent sur les pâtés de sable de vos bambins.

l'aventurier
Frrt, frrt, surprise. Un pépiement insistant dans le poêle installé depuis le Têt. Volutes de cendres et tapotement de bec sur la vitre. Le tuyau chapeuté court sur les trois étages du mur extérieur, plus les deux coudes à 45°. La curiosité est un trait partagé par tous dans ce pays
.

Contrastes
Suivant les jours, suivant les saisons ou les heures, suivant que le ciel est gris ou bleu, que l'humidité nous poisse ou se dissipe au vent du lac, que les rues grouillent à l'heure de pointe ou se vident à celle de la sieste, que les trilles des oiseaux dans les aréquiers de la ruelle font oublier les klaxons insistants sur la digue, suivant que la cacophonie s'arrête au portail du jardin ou que les foreuses et les perçeuses vrillent la quiétude de nos aurores, selon que les piscines en ces temps étouffants sont claires et calmes ou envahies à ras-bord d'enfants hurlants, gras et crachouillants, suivant que le compteur du taxi s'emballe ou que le chauffeur m'énonce mon adresse avant que j'aie eu le temps d'ouvrir la bouche, suivant que les moustiques résistent à tous les répulsifs et enflamment nos chevilles comme dans un champ d'orties ou que le parfum des fleurs de pamplemoussier flotte, suave et délicat sur nos dimanches après-midi, suivant les aléas, et comme en dents de scie, un jour j'aime Hanoi, un jour Hanoi m'étouffe et m'oppresse.

Offrandes

Les cédrats main de Bouddha, pas comestibles, mais offerts aux ancêtres.











