31 dec

Celle qu'on appelle la ville rose est surtout ocre. Loin des bourgades assoupies du royaume des Hadotis, c'est une agglomération fiévreuse et brouillonne coupée d'un réseau de voies rapides et enjambée de ponts routiers sous lesquels un monde vit et dort dans la poussière de cendre et de terre. Ici, bien plus de dhotis et de turbans qui ont connu des jours plus blancs, des nuées d'hommes hirsutes qui errent ou vaquent une couverture grise enroulée autour des épaules pour se protéger du froid qui redevient pénétrant à mesure que nous remontons vers Delhi. 

La vielle ville est ceinturée de bazars qui proposent des marchandises à trois sous, vrais faux pashminas, édredons synthétiques cousus à la-va-vite mais dont les motifs floraux attirent l'attention, coussins multicolores bâclés, épices pré-ensachées, stands de beignets frits dans des gamelles culottées de suie, bijoutiers racoleurs qui nous poursuivent dans la rue sous prétexte de nous aider à nous diriger. On se sent tellement harcelés qu'il nous faut traverser les galeries comme des flèches, le regard lointain, décidés à ne pas se laisser accrocher. Et d'ailleurs qu'acheter ? Tous les vendeurs mentent outrageusement sur la qualité, le prix et la provenance, la main sur le cœur et l'œil humide de sincérité.

On espérait une médina rose sur le modèle des bleues du Mewar, mais à part les premières maisons, derrière s'étend un habitat grisâtre le long de ruelles défoncées et encrassées.

Le palais des vents, le Hawa Mantal est une construction orangée qui prend les rayons du soleil de toutes les boursouflures de sa façade en berceaux percée de jalis protecteurs qui permettaient aux femmes d’un maharadja grand seigneur de regarder l'animation de la rue sans être vues. Voir la vie se dérouler sans jamais y participer pour cause de purdah, cet internement des femmes pratiqué ici comme ailleurs sous d’autres noms. Tous ses balcons fermés sont soulignés de blanc et c'est d'ailleurs la marque de l'architecture locale qui manque complètement du charme que décrivent les guides. 

Jaipur (17)DGD

Heureusement, il y a le fort d'Amber, un labyrinthique palais fortifié qui recèle de merveilleuses salles voutées serties de miroirs et de pierres précieuses, une plateforme en plein ciel fermée par une dentelle de pierres où la maharani venait passer de longues siestes rafraichies par la brise descendue des montagnes qui caressait en passant le jardin moghol à la géométrie sinueuse posé sur le lac. De chaque tourelle surmontée de son ombrelle de pierre on aperçoit le serpent  des fortifications qui épouse la géographie des collines environnantes comme la crête d'un dragon obstiné à parcourir chaque ondulation.

Un rayon de soleil perce la brume de décembre et l'ambre de la citadelle bien-nommée se réchauffe. Dans la cour principale, une noria d'éléphants cornaqués à la face et la trompe peinte de craie et d'argile déverse son flot de touristes adeptes d'une entrée à la façon des maharajas.