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A nous la moto ! Un couple aux dents jaunes et cariées nous apporte une Honda bleue un peu râpée sur les bords. Dans un anglais approximatif, ils nous expliquent comment ça marche. Nous signons le contrat. A nous la liberté, dangereuse comme il se doit… Nous partons à deux JP et moi. C’est plus difficile à manœuvrer mais plus rassurant pour trouver notre chemin. J’évite l’amazone, mais je me couvre comme toutes les filles d’ici d’une chemise à manches très longues, plus rabats sur les mains, le Áo chống Nắng (elles ne veulent pas foncer, mauvais point quand on cherche un mari). Prochaine étape, je m’achète de gants comme elles. Des gants de bal qui montent jusqu’en haut du bras et qu’on ne porte qu’à moto. En général couleur chair, mais je viens d’en découvrir des gris clair et des verts amande. Après cela il ne me manquera que le masque en tissu pour faire vraiment couleur locale. Et à moi la route !

Se lancer dans le trafic demande une intense concentration et un brin de désinvolture. Les s’en-fout-la-mort se dépassent, se croisent, se coupent la route, se klaxonnent, font demi-tour imperturbables, sans s’énerver, sans s’agresser jamais. Une vraie école de sang-froid. Mais pas de fair-play. C’est chacun pour soi et que le plus gros et le plus bruyant passe d’abord. JP s’en sort bien, s’enhardit, coupe le flot, s’infiltre, se fait sa place. J’y vais plus au klaxon, n’ayant pas encore bien compris comment changer de vitesse, je garde la même et à dieu-vat. Les carrefours sont LE moment difficile. Ça arrive de partout, il faudrait des yeux de caméléon pour tout appréhender.

 La chaleur m’est en ce moment insupportable. La moiteur est totale. Image pitoyable de l’européen sous les tropiques : cheveux aplatis, peau luisante, vêtements auréolés de sueur, souffle court et mine exténuée. A l’arrivée le casque de moto est brûlant. Idée géniale de l’avoir pris noir…