30 dec

 

Bundi (190)DGD

Ville de bouseux au passé magnifique. Le palais est un édifice grandiose accroché au relief, balayé par le vent de désert et hanté par des meutes de singes à la face rouge – les agressifs - ou noire – les pacifiques. On y entre par une porte monumentale sous deux éléphants aux trompes entrelacées. Les murs et les plafonds sont couverts de miniatures exquises qui achèvent de s'effacer sous les graffitis et l'humidité. Les jalis et les embrasures de pierre travaillée ont été volés et le délicat arrangement du marbre des sols est recouvert d'un guano qui prend à la gorge. Des galeries et piliers autrefois polychromes, il reste le squelette blanchi, débarrassé des éclats de miroirs, ornements de lapis-lazulis et fastes dorés. Blancheur épurée de temple grec ou d'os de seiche. Des gloriettes, des terrasses, la vue sur les cubes entassés de la ville pelotonnée autour de son abrupte muraille est dominante. Un nid d'aigle ouvragé, un palais mordoré dans le ciel sans nuages dédié au luxe et au plaisirs d'un petit nombre d'élus dont les ancêtres ont mené une vie guerrière et intrépide pour laisser derrière eux cette extrême richesse qui permit à leurs lointains descendants cette vie fastueuse et décadente où ils ne marchaient même plus.

 

Bundi (42)DGD

En dessous, la ville d'aujourd’hui, mi-ruelles vides et bleutées, mi-bazar populeux, pauvre et loin du flot touristique. Rue des bijoutiers aux boutiques-cellules alignées où il faut déposer ses chaussures pour s'installer sur le matelas blanc où se discuteront les choix et les prix, rue des quincaillers avec leurs tours de récipients en cuivre ou en métal brillant, rue des tissus, des saris pailletés, des amoncèlements de couettes de coton fleuri. Marchandises à trois sous, population modeste, ruelles bloquées par les motos, les rickshaws, parsemées de crotte, encombrées de vaches, de vendeurs ambulants.