New Delhi, gare de Sarai Rohilla, nuit de décembre. 

Terre battue, murs encrassés et ombres fantomatiques à la tête recouverte d'une couverture grise pour se protéger du froid qui s'installe sur la ville. Recroquevillés sur des cartons, des corps emmaillotés qui tressaillent et soupirent dans leur sommeil inquiet quand on passe près d'eux.  Pas de personnel ferroviaire, des yeux noirs et hagards qui me fixent et me suivent, qui sont-ils et que pensent-ils ? Sont-ils surpris ? Ont-ils de mauvaises intentions ? Je marche dans le pas de Balesh, le nez baissé.


Première étape de ce périple vers l’Himachal Prasdesh, vers Dharamsala, à la frontière du Tibet, voilà mon train pour Pathankot, un tas de tôles maintes fois repeintes. Pas de doute, mon nom apparait au milieu d’une liste plus locale sur un papier collé à la vitre crasseuse de la porte. Intérieur à l'avenant, on marche sur un sol noir de vies précédentes, des box de quatre couchettes qui devraient se fermer par des rideaux, mais chaque passager qui passe les accroche sans attention et ils se tirent sans que le passant se soucie de les refermer.

  

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Sur la couchette à côté, un vieux monsieur que sa fille vient d’installer avant de se sauver et qui me pose plein de questions, et où et pourquoi et comment et dès que je lui réponds il prend son téléphone pour y beugler les informations à sa fille peut-être, qui doit s’assurer que tout va bien et que cette étrangère n’est pas dangereuse. J'entends Frrance et McLeodGanj, documentarrry. Je me renseigne pour savoir si Pathankot est bien le terminus. Oui, pas de problème, donc je peux dormir sans souci.


Le contrôleur me surprend dans un premier sommeil. Il m'intime du doigt l'ordre de surveiller ma valise. Le train s'ébranle, se secoue et s'ébroue, le corps trouve son rythme de secousses. Je m'allonge en essayant de ne toucher ni les parois immondes, ni les rideaux dégoûtants, ni les couvertures râpées, en enroulant la poignée de la valise à mon poignet à l'aide de deux ceintures. Torpeur d'un sommeil inquiet coupé de réveils brusques, quand un passager installe ses couvertures au-dessus de ma tête. J'espère que le bat-flanc va tenir, je n'aimerais pas finir en sandwich entre deux plaques de skaï douteux dans un train oublié par la modernité qui remonte vers les montagnes du Nord de l'Inde.

 

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Quatre heures du matin, petite sonnerie de message téléphonique. Trouver mes lunettes dans le noir glacial du wagon secoué pour lire « Etes-vous prête ? Vous n’avez que trois minutes pour descendre». Erreur, Pathankot n'était pas du tout le terminus.