Là-haut dans le nord du Vietnam à la frontière de la Chine, il était une fois un petit peuple frugal qui plantait du maïs et du chanvre. Partout. Entre les rochers de ce pays escarpé et pierreux, sur les pentes des précipices, le long des routes et des pistes, dès qu'il y a un petit centimètre carré de terrain, de toutes petites femmes en jupes vertes ou violette sur des bottes en caoutchouc de la même teinte se précipitent et creusent et repiquent inlassablement.

 

Meo Vac5

 

Là, un petit coin de terre, hop, une plantule, hop, là encore. Hop, hop, hop, tout est bon à qui n'a rien d'autre pour se nourrir. La région est scannée par des yeux aux aguets qui ne laissent pas la plus infime surface sans verdure. Si haut qu'on aille, si raide soit le devers, si caillouteux soit le champ, idem. Soleil et vent ont éclaté puis poli le vieux calcaire grisonnant dressé en arrêtes et dans chacune des millions de failles pousse une vigoureuse tige de maïs ou un pied altier de chanvre à tisser dont les feuilles lancéolées attisent l'oeil et le désir du passant incrédule.

Ce superbe décor aride de pitons karstiques ruinés s'anime des couleurs vives des costumes qui semblent droit venir de l'Altiplano. Femmes aux sourires aurifiés et enfants ployant sous des fardeaux de feuilles plus hauts qu'eux dégringolent des chemins avec la sûreté désinvolte des chèvres. 

 

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