Malapascua DGD (12)

 

Le super typhon Yolanda a frappé l’île le 7 novembre 2013, dans la journée. Malapascua est une petite île plate, posée nord-sud sur la carte, en haut de la longue île de Cébu et dont on fait le tour à pied en trois heures. Le cyclone venait de l’est, il a touché les îles à Tacloban, a réduit la ville en bouillie et tué 2000 personnes. Il a traversé l’île de Leyte, et quand il a abordé Malapascua, il était toujours énorme avec des vents de 300 km à l’heure.  Malapascua, c’est un cordon sablonneux qui ceinture une île corallienne. Le long des plages, des hôtels légèrement construits, des restaurants au toit de palme, des bars les pieds dans l’eau et des pirogues fines à double balancier par dizaines, qui dansent sur l’eau ou dorment sur le sable. Derrière cette première ligne, un habitat léger de bois et de tôle qui ne devait pas ressembler à grand-chose. Des baraques de semi-bidonville, des petites maisons carrées en parpaings nus, des forêts de châteaux d’eau en plastique ou en alu juchés sur des pattes en béton armé grêle, des palissades de bambous et des haies de bougainvillées et de lantanas à l’ombre des cocoteraies omniprésentes. 

Ils savaient que le typhon arrivait sur eux et seuls les non-originaires de l’île se sont sauvés. Les habitants sont restés pour faire le gros dos et s’occuper de leurs possessions. Il n’y a aucun endroit où se cacher, pas de protection et pas de coin à l’abri.

La tempête a agrippé l’île d’une main de fer géante et l’a secouée. Elle a craqué sous sa poigne, tout s’est effondré sous la prise énorme des doigts chercheurs et sans merci qui se sont introduits sous les charpentes et soufflé les tôles avec une démoniaque violence. Les cocotiers ont cassé comme des allumettes et leurs têtes coupées tourbillonnaient et rebondissaient sur les maisons, emportant vitres, murets, planches et  grillages. La mer a arraché les élégantes pirogues blanches de leurs mouillages et les a drossés sur la grève, les brassant comme des fétus de paille, les enroulant autour des troncs décapités. Les gloriettes de paille et de bois ont explosé sous l’impact des tôles convulsées, les arbres qui résistaient ont été épluchés, des torrents de pluie ont noyé le désastre. Le bruit devait être assourdissant, craquements, mugissements, pauvres cris de terreur effacés par le grondement du vent et les déflagrations des maisons projetées les unes sur les autres.

Deux heures de violence totale et personne n’est mort.

 

Cyclone Yolanda à Malapascua