Ça commence par des fours artisanaux où brûlent tous les restes d'alu et cuivre dont la société de consommation n'a que faire,  Des vélos surchargés jettent dans les cours des amalgames de cannettes et de tiges de ferrailles aussitôt pelletées dans le brasier. Comme ça, à la main, à la force des bras, comme dans le temps, à coups de rein et de muscle, le corps gluant de sueur grasse qui ne s'évapore pas.

Feuilles d'alu DGD

 

De cette matière on tire des feuilles d'aluminium pour fabriquer des bouilloires et ça c'est plein de charme pour le flâneur, parce qu'au fil des rues dans chaque maison les ateliers se spécialisent dans une étape unique de la fabrication.

Attirée par le tintamarre lancinant des marteaux, je commence par trouver les femmes qui mettent le corps en forme et le martèlent, accroupies dans leur cour, des tas bien rangés de feuilles d'un côté, des esquisses de bouilloires de l'autre. Quelques pas plus tard, on sertit à coups précis de maillets sonores, presque sans regarder. Trois maisons plus loin, deux jeunes garçons coulent des centaines becs dans de petits moules et à l'aide d'un emporte-pièce trouent le corps pour les insérer. Mon intérêt pour leur travail répétitif les fait rire de gêne. On m'invite gentiment à boire le thé amer ou le riou, l'acool de riz, dans une tasse de poupée ébrechée et collective à peine rincée. Peureuse, je décline.

 

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Tout au fond du village aux rues modestes crépies de ciment rugueux, je tombe sur l'homme qui donne la touche finale : le poseur d'anse. Deux boulons et c'est serti. La pile des bouilloires prêtes à vendre s'élève régulièrement. Lui, il fait aussi de beaux gongs de cuivre martelé au son profond. Il sonne et resonne, hilare et taquin pour me donner envie de lui en acheter un. Sa petite femme édentée commente d'une voie stridente en poussant de grands éclats de rire. Avec le chien qui aboie de rage et d'inquiétude et le bébé délaissé qui braille sur le carrelage, pas de doute, mes oreilles sont au Vietnam. 

 

bouilloiresDGD

 

En réalité, cet endroit est connu et prisé pour tout autre chose. C'est le village où l'on abrique les volumineux objets en bronze exposés dans les pagodes et surtout les tableaux de cuivre à l'honneur dans les intérieurs vietnamiens. Délicat artisanat de feuilles de cuivre repoussées sur des tables recouvertes de cire, travail de petites mains incessamment renouvelé dans des conditions de confort, d’hygiène et de sécurité (et de salaire sûrement) dérangeantes pour un résultat ne correspondant en rien à mes goûts.  Bien sûr, il faut remarquer la précision de la facture et la qualité du savoir-faire, la jeunesse des ouvriers et la difficulté de leur tâche. Mais les plus belles pièces ne trôneront jamais chez moi que le résultat final laisse sans voix. On ne va pas se battre au moment des soldes. 

http://www.cpv.org.vn/cpv/Modules/News_English/News_Detail_E.aspx?CN_ID=585534&CO_ID=30438

J'aimerais tellement mieux me charger d'un alambic de cuivre au corps évasé ou d'une cocotte en fonte d'alu avec des pieds en canard que j'adorerais mettre dans mon jardin. Pour leur plus grande hilarité.